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Ph. Chalmin, Cyclope : "L'insécurité alimentaire en Afrique est liée aux guerres plus qu'au climat"

mai 25, 2023 0 136

ans la présentation du rapport Cyclope 2023, l’Afrique sub-saharienne a été peu évoquée. Questionné sur ce point par CommodAfrica, le spécialiste Philippe Chalmin qui co-dirige le rapport, rappelle que « si les matières premières sont importantes pour l’Afrique, l’Afrique n’est pas très importante pour les matières premières. » Il s’en explique dans une interview exclusive dont la vidéo se trouve sur https://youtu.be/g3zBlV5NecQ.

CommodAfrica : Quelle est votre analyse des cartes en jeu pour l'Afrique sur le terrain des matières premières ?

Philippe Chalmin : Je n’aime pas sombrer dans l’afro pessimisme. Je n’ai malheureusement pas énormément de bonnes raisons d’être très optimiste étant donné la déstabilisation d’un certain nombre de régions : l’arc sahélien au sens le plus large, une partie de l’Afrique de l’Est- l’Ethiopie jusqu’au Mozambique, la RD Congo qui reste relativement peu exemplaire… Donc, on a beaucoup plus de points d’interrogation aujourd’hui en Afrique que l’on a véritablement de certitudes.

Si la dépendance de l’Afrique aux matières premières reste importante, malheureusement, l’Afrique n’est pas totalement sur les matières premières le plus importantes. Certes, elle a des potentialités minérales non négligeables mais on sait malheureusement que la mine n’est pas un vecteur de développement économique. L’Afrique augmente ses dépendances alimentaires et continue à importer : le Nigeria est devenu un des premiers importateurs mondiaux de blé même s'il vient d’être dépassée par la Chine.

Quelque part, on ne peut pas dire qu’il y ait des miracles de gouvernance africaine. Les deux géants africains que sont l’Afrique du Sud et le Nigeria sont, au contraire, des exemples de mal gouvernance. Et les choses ne s’améliorent pas que ce soit au Nigeria avec la crise monétaire liée à la limitation du cash, ou que ce soit en Afrique du Sud avec l’incapacité de résoudre le problème d’Eskom.

Donc, je ne veux pas sombrer dans l’afro-pessimisme. Mais j’avoue ne pas voir beaucoup de points d’optimisme. Alors, oui, il y a des pays qui s’en sortent mieux comme la Côte d’Ivoire mais le Ghana est sous le billot du FMI ; le Sénégal, quant à lui, rentre dans une période d’incertitudes avec les élections comme au Rwanda avec la succession de Paul Kagamé. Et je ne parle pas de la situation du Soudan. Très franchement, Dieu sait si l’Afrique doit être le continent majeur du XXIème siècle, tout simplement parce que c’est elle qui va prendre le gros du choc démographique du XXIème siècle. Mais pour l’instant, je ne vois pas grand-chose qui me plonge dans l’optimisme.

L’Union européennes est-elle condamnée à adopter une politique d’aide alimentaire ou à restructurer ses marchés agricoles pour permettre à l’Afrique de faire face à son insécurité alimentaire croissante ?

L’insécurité alimentaire que traverse l’Afrique est liée aux guerres civiles !

Aux conditions climatiques aussi…

Oui, mais si vous prenez deux des pays potentiellement les plus riches d’Afrique, comme la RD Congo et le Nigeria, ils n’ont pas vraiment de causalités climatiques mais des causalités de mal gouvernance à leur malnutrition. L’Ethiopie, elle, a des raisons effectivement climatiques avec la sécheresse dans la Corne de l’Afrique.

Cela fait des années que je dis qu’on peut faire de l’aide alimentaire d’urgence mais la véritable aide serait une aide au financement d’une véritable politique agricole et je dirais presque, sur le modèle de ce qui a été la politique agricole commune européenne des années 60. Mais ceci a été balayé du revers de la main par les libéraux avec les politiques libérales et d’ajustement structurel mises en place. Aujourd’hui, même les structures administratives ne permettraient pas de revenir à des systèmes qui garantissent les prix aux producteurs. Si on veut que l’Afrique soit capable de se nourrir, il faut qu’elle soit capable de garantir des prix aux producteurs. C’est malheureusement aussi simple que ça. Or, on n’arrête pas d’ajouter les contraintes.

L’impact des directives européennes sur la déforestation risquent malheureusement d’avoir un impact plus négatif que positif. Sachant qu’une partie d e la déforestation en Afrique est largement derrière nous et a été faite pour produire du bois combustible. Il ne faut pas l’oublier.

Last modified on jeudi, 25 mai 2023 20:44

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