Pour Nicaise Ndembi, virologue, Directeur général adjoint et Directeur régional du bureau régional Afrique de l’Institut international des vaccins (IVI), l’Afrique avance de manière tangible vers son autonomie en matière de production de vaccins, portée par des dynamiques nouvelles et des engagements renforcés.
Selon ce responsable de l’Institut international des vaccins (IVI), la pandémie de COVID-19 a constitué un tournant décisif. Elle a mis en lumière les vulnérabilités du continent tout en suscitant une volonté politique accrue en faveur de la souveraineté sanitaire.
Parmi les avancées majeures, il cite l’évolution du partenariat pour la fabrication de vaccins en Afrique, désormais élargi à l’ensemble de l’écosystème de santé, incluant diagnostics, médicaments et autres produits essentiels. À cela s’ajoute une mobilisation financière plus importante, notamment à travers l’Accélérateur de la production de vaccins en Afrique (AVMA), qui favorise les investissements et la structuration du secteur.
Le continent enregistre également une multiplication des initiatives industrielles, contribuant à l’émergence progressive d’un marché pharmaceutique africain plus intégré et mieux régulé.
Toutefois, le Pr Ndembi souligne que des défis structurels persistent, en particulier dans le domaine de la recherche et du développement (R&D). Il rappelle que moins de dix pays africains consacrent plus de 1 % de leur PIB à la recherche, contre une moyenne mondiale de 2,2 %, ce qui limite la capacité d’innovation du continent.
Ce sous-investissement entraîne une dépendance aux financements extérieurs, avec pour conséquence une orientation des priorités de recherche souvent déconnectée des besoins locaux. Malgré un fort potentiel scientifique, l’Afrique reste marginale dans les essais cliniques mondiaux, qui représentent moins de 5 % du total.
Face à ce constat, des initiatives comme ACHIEVE Africa visent à renforcer le lien entre recherche et production industrielle, afin de transformer les résultats scientifiques en innovations concrètes.
Pour le virologue, la souveraineté sanitaire du continent passe avant tout par une maîtrise de son agenda scientifique : « la véritable indépendance commence par la souveraineté intellectuelle », insiste-t-il.

