Thumbnail 8
previous arrow
next arrow

Libreville, 17 février 2026 – La Haute Autorité de la Communication (HAC) du Gabon a annoncé la suspension immédiate des réseaux sociaux sur tout le territoire national, et ce jusqu’à nouvel ordre. La mesure intervient dans un contexte de tension sociale accrue, alors que le pays est confronté depuis décembre à une grève des enseignants.

Sur le plateau de la chaîne publique Gabon 1re, le porte-parole de la HAC, organisme chargé de la régulation des médias audiovisuels, écrits et numériques, a expliqué que cette décision faisait suite à la diffusion de “propos diffamatoires et injurieux” à l’encontre du gouvernement et à la propagation de “fausses informations susceptibles de troubler l’ordre public”, selon Gabon Actu.

Élu en avril 2025 avec 94,85 % des voix, dix-neuf mois après le coup d’État qui avait renversé son prédécesseur, Ali Bongo, en août 2023, le président Brice Oligui Nguema fait face à une vague de protestations. Les enseignants réclament notamment le déblocage de plans de carrière gelés depuis plus de dix ans.

En janvier, l’arrestation de deux membres du collectif SOS Éducation, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, avait déjà provoqué l’indignation des syndicats. Les deux hommes avaient été libérés une semaine plus tard.

L’opposition, et notamment le Front démocratique social (FDS), s’est insurgée contre la suspension, estimant que “la justification sécuritaire ne saurait légitimer une restriction globale des communications numériques”.

La HAC a également critiqué les plateformes internationales, dénonçant “l’absence d’une véritable volonté de modération des contenus illicites”, citant Facebook, X, TikTok et Instagram, sans toutefois préciser quelles applications seraient directement concernées.

Alors que le président Brice Oligui Nguema avait placé la jeunesse au cœur de sa campagne électorale, promettant notamment 120 000 emplois dans un pays où le chômage des jeunes atteint 37 %, cette décision est perçue comme une restriction de l’espace d’expression des mouvements de contestation.

Le contexte international ajoute une dimension paradoxale : Libreville venait de réintégrer l’Union africaine lors du 39ᵉ sommet des 14 et 15 février 2026, après une suspension décidée en 2023 à la suite du coup d’État. La suspension des réseaux sociaux apparaît donc comme un message contradictoire sur le plan démocratique et international, souligne Infos Gabon.

Tout en réaffirmant son attachement à la liberté d’expression, droit fondamental garanti au Gabon, la Haute Autorité souligne que celle-ci ne saurait s’exercer en violation flagrante des lois. Selon elle, les agissements constatés sont susceptibles d’engendrer des conflits sociaux, de fragiliser les institutions de la République et de mettre en péril l’unité nationale ainsi que les acquis démocratiques.

La suspension restera en vigueur jusqu’à nouvel ordre.