Thumbnail 8
previous arrow
next arrow

L’Union africaine (UA) franchit une nouvelle étape dans le renforcement de la gouvernance publique sur le continent avec le lancement de l’initiative « Africa Think Tank Platform » (ATTP), dotée d’un financement global de 50 millions de dollars. Ce programme stratégique, soutenu par le Groupe de la Banque mondiale, vise à consolider le rôle des centres de recherche africains dans l’élaboration de politiques publiques fondées sur des données probantes.

Signés le 17 avril 2026, les accords de subvention concernent 13 think tanks africains. Une première tranche de 24,2 millions de dollars sera décaissée progressivement pour renforcer leurs capacités institutionnelles et améliorer la production d’analyses stratégiques. L’objectif est clair : combler le fossé entre la recherche et la prise de décision politique sur le continent.

Mis en œuvre en partenariat avec l’AUDA-NEPAD et la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique, le programme s’inscrit dans la dynamique de l’Agenda 2063. Il cible six domaines prioritaires : transformation économique, gouvernance, changement climatique, commerce régional, sécurité alimentaire, développement du capital humain et transformation numérique.

Au cœur du dispositif, l’ATTP prévoit le financement de trois à cinq consortiums de think tanks, chacun composé de trois à cinq structures. Chaque consortium pourra bénéficier d’un appui pouvant atteindre 10 millions de dollars sur une période de deux ans et demi. Cette approche collaborative vise à mutualiser les expertises et à produire des solutions adaptées aux réalités africaines.

Pour Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’UA, cette initiative répond à une nécessité structurelle : « intégrer les données et les analyses à chaque étape des processus décisionnels et positionner les institutions africaines au cœur du développement du continent ». Même son de cloche du côté de Abdrahmane Dicko, qui souligne l’ambition de faire des think tanks de véritables leviers de gouvernance publique et d’intégration régionale.

Ce programme intervient dans un contexte contrasté. L’Afrique compte aujourd’hui plus de 850 think tanks, mais leur impact reste limité par des contraintes structurelles : financements insuffisants, dépendance à l’aide extérieure, difficultés d’accès aux décideurs et fragilité des ressources humaines. Selon plusieurs études, près de 30 % de ces structures estiment que leur environnement politique entrave leurs activités.

Avec l’ATTP, l’Union africaine entend inverser cette tendance en structurant un réseau panafricain de centres de recherche capables d’influencer durablement les politiques publiques. Pour Faten Aggad, l’enjeu dépasse le simple financement : « il s’agit de réaffirmer la capacité de l’Afrique à produire ses propres solutions et à piloter sa transformation ».

Prévu pour s’étendre jusqu’en 2028, ce programme pourrait marquer un tournant dans la manière dont les politiques publiques sont conçues sur le continent. En renforçant le lien entre savoir scientifique et décision politique, l’ATTP ambitionne de positionner la recherche africaine comme un moteur central du développement durable et de l’intégration régionale.