Malgré de nombreux blocages, plusieurs Etats du continent sont résolument lancés dans la production locale des génériques afin de s’affranchir de la dépendance étrangère.
Afrique ne cache plus son ambition d’acquérir sa souveraineté sanitaire avec une volonté clairement affichée dans la production locale de vaccins. Dans cette détermination à sortir de la dépendance des approvisionnements extérieurs en la matière, le continent entend ainsi porter son offre de 0,2% à 60% d’ici à 2040.
Concentrant à elle seule 20% de la population mondiale, l’Afrique entend par cette initiative se soustraire de la dépendance extérieure pour pouvoir faire face aux pandémies futures en assurant une disponibilité en qualité et en quantité des vaccins. En clair, cette dynamique a pour objectif d’améliorer la sécurité sanitaire et assurer à l’Afrique sa propre autonomie afin de parer à toute éventualité. Plusieurs pays sont en pointe, à l’instar du Sénégal, de l'Afrique du Sud, du Maroc, de l'Égypte, du Nigeria et du Rwanda caressant ce rêve avec des partenaires comme BioNTech, Gavi et Africa CDC dans le transfert des technologies destiné au développement des vaccins à ARN messager (ARNm) et d'autres technologies sur le continent. Mais, pour atteindre ce noble objectif, il y a encore du chemin à parcourir et des obstacles à lever. En commençant par la mobilisation des financements qui constitue un véritable casse-tête.
Car, sans le nerf de la guerre, rien de concret et de sérieux ne peut être envisagé. Certes, une dynamique prend progressivement corps pour impulser l’initiative, mais il faut une véritable mobilisation. Dans cette veine, l'Alliance mondiale pour les vaccins et l'immunisation (GAVI) a mis sur pied l'Accélérateur de la production de vaccins en Afrique (AVMA), mécanisme de financement d’un montant de 1,2 milliard de dollars sur dix ans pour soutenir la fabrication locale des vaccins. Afreximbank, pour sa part, a engagé 2 milliards de dollars comme contribution au secteur.
Mais, les professionnels du domaine réclament encore plus de ressources pour un véritable transfert de technologie en Afrique et l’octroi de licences d’exploitation, gage d’une véritable indépendance sanitaire africaine. D’où l’urgence d’une véritable implication de l’Union africaine (UA) qui devrait passer non seulement par la mobilisation des fonds nécessaires, l’implantation en Afrique des laboratoires de pointe et l’obtention des licences pour permettre à l’Afrique de réaliser ce rêve.
La Tunisie, le Sénégal, l’Egypte, l’Ethiopie, l’Afrique du Sud et le Nigeria présentent des capacités variables de production et de remplissage ou de finitions de vaccins.
Tunisie
Ce pays du Maghreb produit des vaccins et sérums essentiels via l’Institut Pasteur de Tunis qui incarne un pilier essentiel de la santé publique, forgé sur des décennies d'expertise. En tant que seule unité de fabrication des vaccins BCG et de l'immun BCG en Afrique, elle revêt une importance cruciale pour la région. Dotée d'installations conformes aux normes des salles blanches et d'une équipe multidisciplinaire regroupant pharmaciens, ingénieurs et techniciens hautement qualifiés, cette unité garantit la production et la distribution de vaccins BCG, jouant un rôle vital dans la prévention de la tuberculose. L’unité produit également des sérums thérapeutiques contre la rage et anti venins contre les morsures de scorpions et de serpents.
Sénégal
La production de vaccins dans ce pays d’Afrique de l’Ouest est en plein essor, notamment grâce à un projet de l’Institut Pasteur de Dakar soutenu par la Société financière internationale. Une nouvelle usine en construction facilitera l’accès aux vaccins, créera des emplois à forte valeur ajoutée, renforcera les systèmes de santé. Une fois pleinement opérationnelle, elle aura la capacité de produire jusqu’à 300 millions de doses par an, approvisionnant ainsi les marchés africains en vaccins essentiels.
Egypte
A travers la Holding Company for Biopharmaceuticals and Vaccines, l’Egypte s’est imposée comme un pôle régional de production de vaccins, notamment grâce à des partenariats technologiques. Le complexe industriel étendu sur 61 000 mètres carrés vise la fabrication de huit vaccins majeurs incluant des accords avec les partenaires internationaux comme le Serum Institute of India. Elle produit des vaccins anti venins contre les morsures de chien, de serpent, le scorpion et le tétanos. En plus de disposer d'une usine pour la production d'insuline humaine, ainsi que d'une usine pour la production de vaccins anti Corona d'une capacité de production de 100 million de doses par an.
Ethiopie
Ce pays renforce sa production de vaccins, notamment vétérinaires, où le National Veterinary Institute (NVI) produit 350 millions de doses par an de 23 types différents. Le pays investit également, avec l'appui de Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), dans la fabrication locale de vaccins humains pour assurer sa souveraineté sanitaire. L'Éthiopie abrite aussi le centre panafricain de contrôle qualité pour les vaccins vétérinaires.
Afrique du Sud
L'Afrique du Sud est en passe de devenir un acteur clé dans la fabrication de vaccins grâce à des collaborations stratégiques et des investissements massifs. Cette transformation, soutenue par des partenaires internationaux, vise à renforcer l'autonomie vaccinale du continent africain, souvent marginalisée dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. La montée en puissance de la fabrication de vaccins en Afrique du Sud représente un tournant décisif pour le continent. En développant ses capacités locales et en s'appuyant sur des partenariats internationaux, le pays se positionne pour jouer un rôle majeur dans la santé publique mondiale, avec une résilience accrue face aux futures pandémies.
Nigeria
Un vaccin contre la fièvre de Lassa développé par des chercheurs locaux a montré des signes d’efficacité dans la lutte contre cette maladie qui a enregistré 747 nouveaux cas et 142 décès au cours du premier trimestre 2025 au Nigeria. Le vaccin a été développé sous licence de l’Université de Malbourne en Australie et les doses destinées à l’expérimentation ont été produites aux Etats-Unis, en attendant que les infrastructures nécessaires soient construites au Nigeria. Pour le géant africain, la possibilité de produire ce vaccin contre cette maladie représente un résultat significatif.
Malgré des initiatives encourageantes, plusieurs contraintes techniques, financières et juridiques continuent de freiner les ambitions du continent. La fabrication de vaccins reste un processus complexe qui nécessite des équipements de pointe, des investissements importants, des infrastructures adaptées pour la production et le stockage, ainsi qu’une main-d’oeuvre qualifiée. Dans plusieurs pays africains, ces exigences constituent encore un défi majeur, limitant les capacités de production locale. L’Afrique du Sud en offre une illustration. Le 5 mars dernier, ce pays a engagé des démarches en vue de lancer la fabrication locale du Lenacapavir, un médicament utilisé dans la prévention contre VIH/Sida, avec pour objectif une production à partir de 2027. Mais ce projet se heurte à un obstacle de taille : aucun des trois laboratoires sud-africains pressentis ne dispose pour l’instant d’une licence du laboratoire pharmaceutique américain Gilead Sciences, détenteur du brevet de ce médicament. Bien que des discussions soient en cours pour trouver une solution, plusieurs observateurs estiment que cette situation pourrait ralentir les ambitions du pays. Comme l’Afrique du Sud, plusieurs Etats du continent souhaitent développer une production locale de vaccins et de médicaments

