Tanger, 1er avril 2026 – La Commission économique pour l’Afrique a ouvert à Tanger un forum de haut niveau consacré au financement durable de la santé en Afrique, en marge de la 58e session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique.
Dans son allocution de bienvenue, Claver Gatete, Sous-Secrétaire général des Nations unies et Secrétaire exécutif de la CEA, a salué l’engagement du Mohammed VI, du Aziz Akhannouch, ainsi que du gouvernement et du peuple marocains pour l’accueil de cette rencontre stratégique dans la ville de Tanger, présentée comme un symbole d’ouverture et de connectivité pour le continent.
Placée sous le thème « Investir dans la santé en Afrique », cette rencontre intervient dans un contexte de transformation rapide du financement des systèmes de santé africains. Selon Claver Gatete, les conditions financières internationales se durcissent, marquées par une hausse du coût du capital et une réduction des marges budgétaires. À cela s’ajoute un recul de l’aide publique au développement, longtemps pilier du financement sanitaire sur le continent.
Le responsable onusien a rappelé qu’en 2022, les dépenses de santé en Afrique ont atteint environ 145 milliards de dollars, dont moins de la moitié provenait de financements publics. Une situation qui contraint fortement les ménages, souvent exposés à des dépenses de santé catastrophiques. Parallèlement, la dette publique moyenne du continent avoisine 63 % du PIB, avec, dans certains pays, un service de la dette supérieur aux dépenses de santé.
Malgré ces contraintes, Claver Gatete voit dans cette conjoncture une opportunité de transformation structurelle, notamment grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine, qui offre un marché intégré de 1,5 milliard de personnes et un PIB combiné de plus de 3 400 milliards de dollars.
Vers une souveraineté pharmaceutique africaine
Le secteur de la santé apparaît comme un levier prioritaire. L’Afrique importe actuellement plus de 70 % de ses produits pharmaceutiques, une dépendance qui expose le continent aux chocs extérieurs. Toutefois, des dynamiques émergent, avec le Maroc et l’Algérie qui s’affirment comme hubs pharmaceutiques, le Rwanda qui développe ses capacités de production, et l’Afrique du Sud qui consolide son rôle régional.
L’intégration économique continentale pourrait ainsi permettre la mise en place de chaînes de valeur régionales, l’harmonisation des normes et la mutualisation des achats afin de réduire les coûts.
Dans son intervention, Claver Gatete a décliné quatre axes majeurs pour refonder le financement de la santé en Afrique.
Le premier consiste à repenser les modèles de financement, en renforçant la mobilisation des ressources nationales et en développant des instruments innovants tels que le financement mixte ou les échanges de dette contre investissements sanitaires.
Le deuxième axe porte sur l’extension de la couverture sanitaire, à travers des mécanismes d’assurance maladie et de mutualisation des risques. Des exemples comme le Ghana ou le Rwanda illustrent, selon lui, l’efficacité de ces dispositifs, bien que leur couverture reste encore inégale à l’échelle du continent.
Le troisième pilier concerne le rôle du secteur privé, appelé à jouer un rôle accru dans les infrastructures, la logistique, le numérique et la production pharmaceutique. La ZLECAf est perçue comme un catalyseur pour attirer les investissements, à condition de renforcer les cadres réglementaires et les partenariats public-privé.
Enfin, le quatrième axe met l’accent sur le renforcement des capacités, notamment en ressources humaines, en infrastructures et en systèmes de santé. Le responsable a insisté sur l’importance des technologies numériques et de la préparation aux crises sanitaires, à la lumière des expériences d’Ebola et de la pandémie de COVID-19.
Claver Gatete a également évoqué le lancement de la campagne #InvestInHealthAfrica, rappelant que la santé doit être considérée non comme une dépense, mais comme un investissement stratégique dans le capital humain, la productivité et la prospérité du continent.
« La question n’est pas de savoir si nous pouvons agir, mais si nous allons agir à l’échelle et à la vitesse requises », a-t-il déclaré, appelant à une mobilisation collective pour traduire ces engagements en actions concrètes.
La CEA a réaffirmé sa disponibilité à accompagner les États africains à travers des politiques, des partenariats et des solutions de financement adaptées, afin de renforcer durablement les systèmes de santé du continent.

