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mercredi, 08 juin 2022 17:30

Flambée des prix alimentaires : les cultures locales à la rescousse de l’Afrique

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Pour réduire ses dépendances, le continent réfléchit à investir davantage dans des céréales, racines et tubercules tels que le sorgho, le mil, le manioc ou l’igname.

 

Manioc, sorgho, mil, fonio… A l’heure de la guerre en Ukraine et de la flambée des prix des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux, l’Afrique doit-elle s’appuyer davantage sur ses cultures locales pour tenter d’éviter le pire ? Depuis le début du conflit, le 24 février, les craintes d’une crise alimentaire généralisée sur le continent montent crescendo. Dès la mi-mars, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, mettait en garde contre le risque d’un « ouragan de famines » dans de nombreux pays important massivement leur blé et leurs fertilisants d’Ukraine et de Russie.

Ces dernières années, le continent a acheté à l’étranger près de deux fois plus de blé qu’il n’en a produit sur son sol. Et selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, dix-huit pays africains sont importateurs nets de blé de Russie ou d’Ukraine – l’Erythrée, la Somalie et l’Egypte forment le trio de tête. Pourtant, son poids dans le régime alimentaire des populations est à relativiser. « La majorité des céréales consommées en Afrique sont produites localement », insiste Jean-René Cuzon, expert agricole au sein de l’Agence française de développement.

De fait, en dehors de l’Afrique du Nord, la consommation de blé reste marginale dans la majeure partie des pays du continent et demeure avant tout liée aux nouvelles habitudes de consommation dans les villes. L’Afrique subsaharienne surveille davantage les cours du riz, très consommé, y compris dans les zones rurales. Depuis plus d’une décennie, l’Afrique réfléchit à accroître sa sécurité alimentaire en investissant davantage dans son agriculture. Gare aux « obsessions sur le riz et le blé », met en garde David Laborde, chercheur à l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires.

Le chemin est encore long

« La recherche publique doit se porter sur d’autres céréales locales comme le millet et le sorgho, dont les rendements sont plus faibles car elles ont fait l’objet de moins d’investissements », poursuit-il, tout en avertissant que « les imposer sans qu’elles soient encore assez productives mènerait à une catastrophe ». Leurs vertus sont cependant bien identifiées, comme leur potentiel nutritif et leur résistance aux sécheresses. Le sorgho et le millet font déjà partie des céréales les plus cultivées en Afrique subsaharienne derrière le riz et le maïs, et sont la principale source de nourriture de plus de 50 % de la population du Sahel.

Leur culture fait d’ailleurs partie des huit cultures prioritaires identifiées par la Banque africaine de développement dans sa stratégie de transformation de l’agriculture du continent à l’horizon de 2025, aux côtés du blé, du riz et du maïs, des haricots, de l’igname et du manioc. Ce dernier tubercule est déjà cultivé en abondance sur le continent, et la commercialisation de farine de manioc se développe peu à peu. Au Nigeria, son incorporation dans le pain est encouragée depuis 2012. Mil, patate douce, niébé : ici et là, d’autres farines viennent compléter celle de blé, mais le chemin est encore long avant de pouvoir les imposer largement.

« Nous avons besoin de nombreux investissements, de semences certifiées et de systèmes d’irrigation à même d’augmenter leur productivité, mais aussi de les développer à grande échelle afin de stabiliser leurs prix et de les rendre abordables », insiste Moses Abukari, responsable projet du Fonds international de développement agricole (FIDA) au Kenya. Dans ce pays, le FIDA a encouragé une politique de mélange de farines adoptée par le gouvernement et a développé un programme de renforcement de la production céréalière qui concerne, entre autres, le sorgho et le mil.

Pour promouvoir ces cultures locales, de nombreux défis demeurent. Beaucoup de céréales et de plantes cultivées dans les campagnes n’atteignent jamais les villes, faute de moyens de stockage et de circuits de distribution adéquats. Reste aussi à convaincre les consommateurs de mettre ces produits au cœur de leur cuisine. Le FIDA a formé 100 000 foyers au Kenya à leur utilisation dans les gâteaux, les pâtes ou le pain. Selon les spécialistes, un appui au secteur privé agroalimentaire est également nécessaire pour qu’il s’empare de ces produits traditionnels et contribue à leur valorisation.

Source : lemonde.fr

Lu 130 fois Dernière modification le mercredi, 08 juin 2022 17:51

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