La hausse attendue de la taxe sur les produits des jeux de hasard (TPJH), avec une progression projetée de 50,8 % en 2026, confirme l’émergence de ce segment comme un levier non négligeable de mobilisation des ressources internes.
À court terme, l’augmentation des recettes estimées à 4,4 milliards de FCFA contribue à élargir l’assiette fiscale sans recourir à une hausse généralisée des impôts directs ou indirects pesant sur l’ensemble des ménages et des entreprises.
Dans un contexte de contraintes budgétaires accrues, marqué par des besoins élevés en financement des infrastructures, de la sécurité et des dépenses sociales, la fiscalité des jeux présente l’avantage d’un rendement relativement stable, adossé à une demande peu élastique à court terme. Pour l’État, il s’agit d’une source complémentaire de recettes permettant de diversifier les flux budgétaires et de réduire, à la marge, la dépendance à l’aide extérieure.
La retenue à la source de 5 % sur les gains supérieurs ou égaux à 500 000 FCFA, appliquée automatiquement lors du paiement, renforce l’efficacité administrative de la collecte. En limitant les risques de fraude et de sous-déclaration, ce mécanisme améliore la prévisibilité des recettes pour l’Office togolais des recettes (OTR).
Comparée à d’autres instruments fiscaux, cette modalité présente un coût de gestion relativement faible, tout en assurant une meilleure traçabilité des flux financiers. Elle s’inscrit dans une logique moderne de fiscalité à la source, de plus en plus privilégiée par les administrations fiscales de la sous-région.
Sur le plan social, la fiscalité des jeux soulève néanmoins des enjeux d’équité. Les jeux de hasard attirent une population hétérogène, incluant des ménages à revenus modestes, pour lesquels les gains occasionnels peuvent représenter une source importante de revenus. Une taxation uniforme des gains, même limitée à 5 %, peut être perçue comme régressive si elle n’est pas accompagnée de mesures de protection ou de redistribution visibles.
Toutefois, le seuil de 500 000 FCFA permet de cibler prioritairement les gains significatifs, atténuant l’impact sur les petits parieurs. L’enjeu central réside désormais dans l’affectation des recettes générées : leur orientation vers des dépenses sociales, éducatives ou sanitaires renforcerait l’acceptabilité sociale de cette fiscalité.
L’expansion du secteur des jeux, encouragée par l’élargissement de l’offre et du réseau de distribution, pose également la question des risques sociaux liés à l’addiction et au surendettement. Une fiscalité plus élevée, si elle n’est pas accompagnée d’une régulation renforcée, peut paradoxalement inciter les opérateurs à accroître l’intensité de l’offre pour préserver leurs marges.
Dans ce contexte, la mobilisation des recettes issues des jeux pourrait utilement financer des programmes de prévention, de sensibilisation et de prise en charge des comportements à risque, afin de limiter les externalités négatives associées au développement du secteur.
À moyen terme, l’efficacité budgétaire de la fiscalité des jeux dépendra de la capacité des autorités à maintenir un équilibre entre rendement fiscal, régulation du marché et protection sociale. Une pression fiscale excessive pourrait freiner la demande ou favoriser le basculement vers des circuits informels ou numériques non régulés.
L’expérience des pays voisins montre que la soutenabilité de cette fiscalité repose sur une approche graduée, combinant taxation modérée, élargissement de l’assiette, renforcement des capacités de contrôle et transparence dans l’utilisation des recettes.
La fiscalité des jeux de hasard s’affirme au Togo comme un instrument budgétaire pertinent dans un contexte de recherche accrue de ressources internes. Son impact positif sur les finances publiques est réel, mais son efficacité sociale dépendra étroitement des mécanismes d’accompagnement mis en place. L’enjeu pour les autorités est désormais de transformer ce rendement fiscal en un levier de développement inclusif, en veillant à limiter les effets sociaux indésirables et à renforcer la confiance des citoyens dans l’usage des ressources publiques.

