Dix ans après sa disparition, Papa Wemba continue de faire vibrer la mémoire collective africaine.
À Kinshasa, le lancement d’une série d’activités commémoratives au Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale (CCAPAC) a remis en lumière l’héritage exceptionnel de celui que beaucoup considèrent comme l’une des figures majeures de la rumba congolaise.
Artiste complet, innovateur et voix singulière, Papa Wemba a marqué plusieurs générations par sa capacité à transcender les styles musicaux. Pour Jean Goubald Kalala, son influence dépasse largement le cadre de la musique : elle incarne une approche créative fondée sur la diversité et l’ouverture. « C’était une voix, un personnage influent, un artiste capable de naviguer entre plusieurs courants musicaux », a-t-il souligné, regrettant au passage le manque de renouvellement dans certaines productions contemporaines.
Au-delà de la célébration artistique, ces hommages interrogent aussi l’évolution de la scène musicale congolaise. L’appel à une plus grande curiosité musicale, notamment chez les jeunes artistes, revient comme un leitmotiv. Papa Wemba, lui, puisait dans les multiples traditions culturelles du République démocratique du Congo pour nourrir une œuvre riche et éclectique.
L’initiative portée par le CCAPAC, à travers le programme « Papa Wemba artiste majeur », entend inscrire cette célébration dans la durée. Pendant trois jours, conférences, prestations artistiques et échanges permettront de revisiter l’œuvre et la pensée de l’artiste, dans une approche à la fois culturelle et pédagogique.
Parallèlement, l’hommage dépasse les frontières congolaises. À Abidjan, une rue de la commune de Marcory a été baptisée au nom de Papa Wemba, en marge des préparatifs du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (FEMUA). Une reconnaissance symbolique forte, illustrant l’empreinte panafricaine de l’artiste.
Mais l’héritage de Papa Wemba ne se limite pas à la musique. À travers des titres engagés comme « Esclave », il a porté des messages de justice et de liberté, s’inscrivant dans les luttes historiques du continent, notamment en écho au combat de Nelson Mandela.
Décédé le 24 avril 2016 sur scène, Papa Wemba laisse derrière lui une œuvre vivante, à la croisée de l’art et de l’engagement. Dix ans après, son influence demeure intacte : dans chaque note de rumba, dans chaque voix qui s’élève pour la dignité, et dans chaque génération appelée à réinventer l’héritage musical africain.

