Le projet porte sur le dédoublement et la mise à niveau d’un axe stratégique reliant l’agglomération de Cotonou à la frontière togolaise. Il s’agit de l’un des segments les plus critiques du corridor Cotonou–Lomé, lui-même intégré au vaste corridor Abidjan–Lagos, considéré comme l’épine dorsale des échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest. À terme, cet axe de 1 028 km doit structurer les flux de marchandises entre cinq économies majeures de la région : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria.
La modernisation de la section Godomey–Hillacondji ne constitue pas un investissement isolé. Elle s’inscrit dans un programme progressif d’aménagements coordonnés avec plusieurs partenaires techniques et financiers, dont la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et l’UEMOA, visant à résorber les goulets d’étranglement persistants à la frontière bénino-togolaise.
Selon la BAD, la première phase du programme a permis l’aménagement de la section Pahou–Ouidah–Hillacondji, ainsi que la construction d’un poste de contrôle juxtaposé (PCJ) entre les deux pays. La phase II, conduite côté togolais, a porté sur la modernisation de la section Avépozo–Aného (30 km) en 2 × 2 voies, assurant une continuité fonctionnelle de l’infrastructure de part et d’autre de la frontière.
Dans cette logique, le financement accordé par la BID apparaît comme une étape structurante vers l’achèvement opérationnel du corridor, avec pour objectif d’aligner les standards routiers, d’augmenter la capacité de trafic et d’améliorer la fluidité des échanges transfrontaliers.
Les premiers effets de cette approche intégrée sont déjà mesurables. Réceptionnés en 2021, les postes de contrôle juxtaposés ont permis de réduire significativement les délais de passage à la frontière. Selon la BAD, le temps de transit des camions est passé de 24 heures à 13 heures et 50 minutes.
Si ces performances restent encore éloignées des standards internationaux, elles traduisent une rupture notable avec les pratiques antérieures, caractérisées par la multiplication des contrôles, la congestion et des coûts logistiques élevés. La combinaison des investissements routiers et de la rationalisation des procédures frontalières contribue ainsi à renforcer progressivement la compétitivité du corridor.
À moyen terme, la poursuite des investissements sur cet axe stratégique pose la question de la résilience des infrastructures, face à la croissance du trafic, à la pression urbaine et aux impératifs de sécurité routière. Elle souligne également la nécessité d’une coordination renforcée entre les politiques de transport, de douane et de sécurité du Bénin et du Togo, condition indispensable pour maximiser les retombées économiques du corridor Abidjan–Lagos.









