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À Agokpo, la forêt communautaire devient un rempart contre l’insécurité foncière et climatique.

décembre 16, 2025 0 821

Asrama, commune de Haho 2 – Longtemps perçue comme un héritage vulnérable, la forêt communautaire d’Agokpo s’affirme désormais comme un levier stratégique de sécurisation foncière, de gouvernance locale et de résilience climatique. La validation du Plan Simple de Gestion (PSG) et de la Charte de cette forêt marque une étape déterminante pour la communauté, résolument engagée dans la protection durable de ses ressources naturelles.

Au Togo, la terre demeure au cœur de l’identité et de la survie des communautés rurales. Pourtant, plus de 80 % des terres communautaires ne sont pas officiellement reconnues, exposant les populations à des risques permanents de conflits et de dépossession. Cette fragilité juridique limite les initiatives locales de développement et compromet les efforts de conservation des écosystèmes, dans un contexte déjà aggravé par les effets du changement climatique. 

Face à cette réalité, l’État togolais a progressivement renforcé son arsenal juridique, notamment avec l’adoption du Code Foncier et Domanial en 2018 et les dispositions du Code Forestier relatives aux forêts communautaires. Ces instruments offrent aujourd’hui aux communautés locales l’opportunité de faire reconnaître leurs droits tout en s’engageant dans une gestion responsable et durable de leurs espaces forestiers.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le projet « Sécuriser les droits fonciers et forestiers des communautés locales pour augmenter leur résilience au changement climatique », mis en œuvre avec l’appui de l’ONG Autopromotion rurale pour un Développement Humain Durable (ADHD), avec le soutien financier du Rights Resources Initiative (RRI). L’initiative vise à accompagner les communautés dans la formalisation de leurs droits fonciers et forestiers, tout en renforçant leur capacité à restaurer et à préserver les écosystèmes locaux. 

Pour la communauté d’Agokpo, cette ambition s’est traduite par l’élaboration participative d’un Plan Simple de Gestion, document central définissant les règles d’utilisation, de protection et de gouvernance de la forêt communautaire. L’atelier de validation constituait ainsi une étape cruciale vers la reconnaissance officielle de cette forêt.

La session de validation a réuni les autorités communales, les services techniques de l’environnement, les responsables traditionnels, la diaspora ainsi que les femmes, les jeunes et les hommes de la communauté d’Agokpo. Cette diversité d’acteurs a permis d’enrichir les échanges et d’assurer une appropriation collective du document.

La présentation du PSG et de la Charte de la forêt communautaire a donné lieu à des débats ouverts et constructifs. Les participants ont examiné les orientations proposées, formulé des recommandations et validé, de manière consensuelle, les amendements jugés nécessaires pour renforcer la pertinence et l’opérationnalité du document.

À l’entame des travaux, le Maire de la commune Haho 2, Ayidoté Sossou, a souligné la portée institutionnelle de cette démarche : « La validation de ce Plan Simple de Gestion démontre que la sécurisation foncière et la protection de l’environnement peuvent aller de pair. C’est une avancée majeure pour le développement local et pour la résilience de nos communautés face au changement climatique. »

Le Chef du village d’Agokpo a, pour sa part, insisté sur la responsabilité collective qui découle de cette validation : « Cette forêt est notre héritage commun. En validant ce plan, nous prenons l’engagement de la gérer avec sagesse, pour nous-mêmes et pour les générations futures. »

Selon le Directeur Exécutif de l’ONG ADHD, Mawuvi Adiavou, ces documents vont bien au-delà d’un simple cadre réglementaire : « Ces documents sont l’expression d’une vision communautaire partagée. Ils renforcent la reconnaissance des droits locaux tout en posant les bases d’une gestion durable et inclusive de la forêt d’Agokpo. »

La validation de ces documents ouvre la voie à la reconnaissance officielle de la forêt communautaire par les autorités compétentes. Elle consolide les droits fonciers et forestiers de la communauté tout en contribuant aux engagements nationaux du Togo en matière de restauration des paysages forestiers, de conservation de la biodiversité et d’adaptation au changement climatique.

À Agokpo, la forêt n’est plus seulement un héritage à défendre, mais un projet collectif à construire. En la plaçant au cœur de la gouvernance locale, la communauté fait le choix d’un avenir où la sécurité foncière et la résilience climatique avancent main dans la main.

Jean-Marc EDRON

 

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