Le putsch intervient à la veille de la publication des résultats provisoires de l’élection présidentielle du dimanche, un scrutin marqué par une forte polarisation.
Les militaires ont confié la direction de la transition au général Horta Nta Na Man, chargé de conduire le pays pendant une période d’un an.
Le contexte politique était particulièrement inflammable. Le duel opposant le président sortant, Umaro Sissoco Embaló, à Fernando Dias, figure montante de la scène politique, avait attisé les tensions. Les deux candidats avaient revendiqué la victoire dès le premier tour, alimentant la défiance autour du processus électoral.
L’Union africaine et la Cédéao ont fermement condamné la prise de pouvoir et exigé la libération immédiate du chef de l’État déchu ainsi que des responsables électoraux arrêtés. En réponse, la Cédéao a annoncé la création d’un conseil de médiation pour tenter de désamorcer la crise.
Cette mission a été confiée à Faure Gnassingbé, président du Togo et actuel médiateur de l’Union africaine dans le conflit entre la RDC et le Rwanda. Il sera accompagné de deux autres dirigeants ouest-africains : José Maria Neves, président du Cap-Vert, et Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal.
Depuis son indépendance en 1974, cette petite nation côtière, devenue un point de passage majeur pour les réseaux internationaux de trafic de cocaïne, traverse une instabilité chronique. En un demi-siècle, elle a connu au moins neuf coups d’État ou tentatives.
Pour les analystes, ce nouvel épisode ne devrait pas bouleverser les équilibres profonds du pouvoir : les intérêts liés au narcotrafic continueront de peser fortement sur la vie politique, quel que soit le régime en place.
Chronologie des coups d’État à Guinée Bissau
Le premier coup d’État se produit le 14 novembre 1980. Il est l’œuvre du Premier ministre et ancien commandant des Forces armées, Joao Bernardo Vieira dit Nino Vieira contre le président Cabral.
Ce putsch a mis fin au projet d’unification entre la Guinée-Bissau et le Cap-Vert. Nino Vieira va diriger le pays pendant environ deux décennies.
En 1998, une tentative de coup d’État du général de brigade Ansoumane Mané contre le régime de Nino Vieira, plonge le pays dans une guerre civile d’un an.
Provoquant la mort de milliers de personnes et le déplacement de centaines de milliers d’autres. En 1999, Nino Vieira est renversé par le général Ansoumane Mané.
14 septembre 2003
Le dimanche 14 septembre 2003, le général Verissimo Correia Seabra prend le pouvoir. Il mène un coup d’État sans effusion de sang.
Le retour de Nino Vieira
Six ans après son éviction, Nino Vieira réussit à se faire élire en 2005 avec 52% des voix. Trois ans après, en novembre 2008, l’homme qui avait assuré qu’il avait changé, et qui avait demandé “pardon“ pour ses errements passés, échappera à un coup d’État.
Malheureusement, le 2 mars 2009, accusé d’être derrière le meurtre de son chef d’état-major, le général Batista tagmé Na Waié, il sera tué à son tour par un groupe de militaires.
Le 12 avril 2012
des soldats que dirige le général Mamadou Touré Kuruma, vice-chef d’état-major de l’armée, attaque la résidence de Carlos Gomes Junior arrivé en tête au premier tour de la présidentielle en mars 2012.
Il l’arrête, lui et le président par intérim Raimundo Pereira. L’armée met fin au processus électoral.
1er janvier 2020 défaite du PAIGC
Le 1er janvier 2020, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) est battu par l’opposant Umaro Sissoco Embaló.
Deux ans après sa victoire, il fait face à une tentative de coup d’État. Des hommes armés ont attaqué le palais du gouvernement où se trouvaient le président et ses ministres.
Un an après, du 30 novembre au 1er décembre 2023, des affrontements éclatent à Bissau entre les forces gouvernementales et des unités de la Garde nationale qui avaient libéré deux ministres accusés de corruption. Mais la tentative de putsch tourne court.









