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Les prix mondiaux des engrais repartent à la hausse : la Banque mondiale alerte sur une tension durable du marché

novembre 05, 2025 0 1001

 

Après une année 2024 stable, les prix des engrais devraient s’envoler de 21 % en 2025 selon la Banque mondiale. En cause : une forte demande mondiale, des restrictions à l’exportation et des sanctions commerciales qui perturbent les chaînes d’approvisionnement.

Dans son rapport Commodity Markets Outlook publié le 29 octobre, la Banque mondiale constate une remontée continue des cours des fertilisants depuis le début de l’année. Au troisième trimestre 2025, les prix affichaient déjà un niveau supérieur de 30 % à celui observé un an plus tôt. L’institution prévoit que l’indice mondial des prix des engrais clôturera l’année sur une hausse de 21 % par rapport à 2024.

Les données de septembre confirment cette tendance : l’urée, principal engrais azoté, a bondi de 36,6 % à 461 dollars la tonne. Le phosphate diammonique (DAP) a progressé de 41 %, atteignant 554,8 dollars, tandis que le chlorure de potassium (MOP) a grimpé de 23 % à 286,9 dollars la tonne.

Cette flambée résulte d’un faisceau de facteurs d’offre et de demande. La Chine, premier producteur mondial, maintient ses restrictions à l’exportation pour sécuriser son marché intérieur et privilégie désormais la transformation du phosphate dans la production de batteries au phosphate de fer et de lithium, essentielles à son industrie automobile électrique.

De leur côté, la Biélorussie fournisseur majeur de potasse reste sous sanctions européennes, et la Russie fait face à de nouveaux droits de douane imposés par l’Union européenne sur ses exportations d’engrais, ce qui renchérit les coûts pour les importateurs.

Les projections de la Banque mondiale montrent que les prix du DAP devraient encore croître de 26 % en 2025 avant un repli de 8 % en 2026. Ceux du MOP progresseraient de 19 %, et ceux de l’urée grimperaient de 30 %, avant de diminuer respectivement de 7 % et 9 % les deux années suivantes. Même avec ces ajustements, les prix devraient demeurer bien supérieurs à la moyenne pré-pandémique, signe d’un marché durablement sous tension.

« Le renchérissement des engrais est susceptible d’éroder davantage les marges bénéficiaires des agriculteurs et suscite des inquiétudes quant aux rendements agricoles futurs », avertit la Banque mondiale.

Cette nouvelle flambée redessine les équilibres géopolitiques du marché des engrais. Tandis que la Chine, la Russie et la Biélorussie consolident leur position d’acteurs dominants, les pays importateurs notamment africains voient leur vulnérabilité s’accroître. L’Afrique dépend encore à près de 80 % des importations pour ses besoins en engrais, essentiellement en provenance de Russie, du Maroc et de Chine.

Face à cette dépendance, plusieurs États cherchent à renforcer leur autonomie. Le Nigeria, le Maroc et l’Égypte investissent dans de nouvelles capacités industrielles, à l’image du complexe de Dangote au Nigeria ou de l’expansion des sites de l’OCP au Maroc. Ces initiatives visent à stabiliser les approvisionnements régionaux et à contenir la volatilité des prix.

Mais à court terme, le marché mondial des engrais reste soumis à des tensions structurelles. Celles-ci pourraient accélérer la régionalisation des échanges, encourager des alliances Sud-Sud et orienter les flux d’investissements vers des filières intégrées plus durables, indispensables à la sécurité alimentaire mondiale.

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