La 68ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tenue le 14 décembre 2025 à Abuja, a acté un tournant institutionnel majeur avec la désignation du Sénégal à la présidence de la Commission de l’organisation pour le mandat 2026-2030.
Cette décision consacre la confiance des États membres envers le Sénégal, dont un ressortissant dirigera l’organe exécutif de la CEDEAO au cours des quatre prochaines années. La Commission occupe une place stratégique au sein de l’architecture communautaire. Elle est notamment chargée de préparer et d’exécuter les décisions des chefs d’État, d’élaborer les politiques communes dans des secteurs clés tels que l’économie, le commerce, l’agriculture, l’énergie, les transports ou le numérique, et de piloter les programmes régionaux financés par les partenaires internationaux.
Elle joue également un rôle central dans la coordination des actions en matière de paix et de sécurité, de prévention des crises, de gouvernance démocratique, ainsi que dans la mise en œuvre de la libre circulation des personnes et des biens et l’approfondissement de l’intégration économique régionale.
Pour le président sénégalais, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, cette nomination constitue un succès diplomatique majeur, attribué à la ligne diplomatique prônée par Dakar, fondée sur la souveraineté, l’ouverture et le dialogue, depuis son accession à la magistrature suprême.
Au-delà de cette décision institutionnelle, le sommet d’Abuja s’est tenu dans un contexte sécuritaire et politique particulièrement sensible. Les chefs d’État ont salué la réaction rapide et coordonnée de la CEDEAO ayant permis de mettre en échec une tentative de coup d’État au Bénin, survenue une semaine plus tôt. Cette réponse vigoureuse a été perçue comme un signal fort en faveur de la défense de l’ordre constitutionnel et de la stabilité régionale.
Les dirigeants ouest-africains ont souligné que toute tolérance à l’égard des changements anticonstitutionnels fragilise l’édifice communautaire et alimente les risques de contagion politique dans la sous-région. À cet égard, la situation en Guinée-Bissau a été identifiée comme un test majeur de crédibilité pour l’organisation, la Conférence exigeant le rétablissement rapide de l’ordre constitutionnel.
Les débats ont également porté sur la nécessité d’agir en amont des crises, en s’attaquant aux causes profondes des coups d’État militaires, notamment les dérives de gouvernance, les manipulations constitutionnelles, les processus électoraux contestés et l’exclusion politique. Autant de facteurs qui, selon les participants, affaiblissent la légitimité des régimes civils et nourrissent l’instabilité.
À l’heure où la CEDEAO célèbre son cinquantenaire, les chefs d’État ont reconnu que l’organisation se trouve à un moment décisif de son histoire. Ils ont réaffirmé leur volonté de faire de la Communauté un rempart crédible contre les ruptures démocratiques, en appliquant avec constance et rigueur les principes fondateurs de l’intégration régionale, de la démocratie et de l’État de droit.









