lundi, 29 janvier 2018 18:13

FAO:Remettre la lutte contre la faim à l’ordre du jour

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La FAO se tient d’ailleurs prête à aider les pays membres La FAO se tient d’ailleurs prête à aider les pays membres

Remettre la lutte contre la faim à l’ordre du jour

Par José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO

En 2012, plusieurs pays en développement à travers le monde ont entamé une course contre la montre en vue de réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (ODM) dont le 1.c, consistant à réduire de moitié la proportion de la population souffrant de la faim entre 1990 et 2015.

Pendant cette période, nous avons remarqué que de nombreux pays africains étaient sur la bonne voie et en passe d’atteindre cet objectif (17 pays selon la FAO). Les souffrances liées à la faim à travers le monde ont diminué de manière constante pendant plusieurs années et de nombreux pays africains ont réalisé de grands progrès.

Il était essentiel de passer à une autre étape. La même année, en 2012, la Commission de l’Union africaine, l’Agence de planification et de coordination du NEPAD (NCPA), l’Institut Lula et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé le Partenariat renouvelé pour éradiquer la faim en Afrique d’ici 2025. Cet objectif ambitieux s’est vu renforcé deux ans plus tard, en 2014, par plusieurs chefs d’état africains à travers la Déclaration de Malabo qui propose une feuille de route afin de faire du développement agricole le principal moyen pour éradiquer la faim, et pas seulement la réduire.

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030, adopté en 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies a fait de l’éradication de la faim et de la malnutrition sous toutes ses formes une priorité, le plaçant Objectif de développement durable numéro 2.

Le rapport 2017 sur l’Etat actuel de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde révèle que le nombre de personnes sous-alimentées en Afrique subsaharienne en 2016 s’approchait des 224 millions, soit 24 millions de personnes en plus qu’en 2015 ou encore un africain sur quatre. Si l’on compare pourtant ces chiffres avec ceux enregistrés en 2000, la baisse est relative.

Par exemple, les cas de sous-alimentation en Afrique de l’est – la région la plus affectée –ont diminué, passant de 39% en 2000 à 34% en 2016.

La hausse des souffrances liées à la faim en Afrique subsaharienne en 2016 est directement liée aux conflits et à la sécheresse prolongée qui a affecté de nombreux pays. Plus d’un tiers des conflits dans le monde se déroulent dans la région et ont surtout eu des répercussions dans les zones rurales. La situation s’est même aggravée lorsqu’aux impacts du conflit se sont ajoutés les effets du phénomène climatique El Niño, La Niña et du changement climatique. Une combinaison fatale qui explique en grande partie la famine au Soudan du Sud, au nord-est du Nigéria et en Somalie par exemple. L’agriculture a payé un lourd tribut. La production alimentaire et les systèmes alimentaires ont été perturbés tandis que les moyens d’existence ont été détruits.

Malgré ce contexte, nous avons toujours de bonnes raisons d’être optimistes et de croire qu’éradiquer la faim d’ici 2030 est encore possible.

Tout d’abord, la volonté politique est toujours de mise et a d’ailleurs été renforcée. Les Nations Unies, dirigées par Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU a énormément insisté sur l’importance d’une paix durable, un prérequis fondamental pour parvenir à un développement durable. Des opérations de maintien de la paix ont été lancées tandis que de nombreuses autres actions ont été prises afin de lutter contre les impacts du conflit.

Concernant le changement climatique, le Fonds vert pour le climat soutient les pays en développement qui souhaitent s’adapter au changement climatique en adoptant des pratiques intelligentes face au climat. La FAO se tient d’ailleurs prête à aider les pays membres à élaborer des projets pour ensuite les proposer au Fonds vert pour le climat.

De plus, de plus en plus de signes laissent entrevoir que l’économie mondiale est en train de se relever. Cela contribuera à créer des conditions favorables au développement.

Les pays africains doivent pouvoir tirer profit de cette nouvelle conjoncture. Des programmes de protection sociale bien élaborés, par exemple, doivent être mis en œuvre et renforcés. La question de la protection sociale, en particulier dans les zones rurales, peut avoir de nombreux effets positifs et faire de la production alimentaire et de la consommation locale une priorité. Les petits agriculteurs ruraux, en particulier, ont beaucoup à gagner de cette situation qui pourrait augmenter leurs revenus et faciliter leur accès aux marchés locaux.

Nous devons également travailler à transformer les zones rurales afin de créer des emplois non seulement dans le secteur agricole mais également dans les activités non-agricoles en zones rurales et urbaines, surtout dans les villes petites et moyennes. Les petites agro-industries peuvent fournir davantage d’opportunités aux jeunes à l’échelle locale. Selon les dernières estimations, 10 à 12 millions de jeunes entrent chaque année sur le marché du travail en Afrique mais seul près de 3 millions d’emplois sont créés chaque année.

Les fonds des donateurs sont de plus en plus utilisés pour respecter les engagements développés au niveau national. L’un des engagements clés de la Déclaration de Malabo était de dédier au moins 10% du budget national au secteur agricole. De nombreuses études ont d’ailleurs démontré qu’un tel investissement se révélait être très bénéfique, en particulier lorsqu’il s’agit de réduire la faim et l’extrême pauvreté.

Les pays africains ont avec eux un ingrédient indispensable pour mettre un terme à la faim: la volonté politique. Mais ce n’est pas suffisant. Il s’agit maintenant de passer à l’action et de prendre des mesures adéquates sinon les cas de sous-alimentation seront toujours d’actualité sur le continent africain.

Lu 502 fois Dernière modification le lundi, 29 janvier 2018 18:20

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