mardi, 26 juin 2018 06:32

CEA : La Tunisie, le Maroc et la Mauritanie pourront-ils intégrer facilement la CEDEAO ?

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Les implications du potentiels élargissement de la CEDEAO et la ZLECA Les implications du potentiels élargissement de la CEDEAO et la ZLECA

Très tôt de répondre mais selon un Rapport préliminaire sur les impacts potentiels de l’adhésion du Maroc, de la Tunisie et de la Mauritanie à la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) commandité par le bureau de la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) de l’Afrique de l’ouest, quelques dispositions économiques de ces trois pays présagent cette intégration régionale.

Pour donner une touche particulière à cette étude dont les recommandations seront présentées aux chefs d’Etats et de gouvernements comme outils crédibles pour les prises de décisions, la CEA a réuni des experts en charges de l’économie et développement à Cotonou (Bénin) pour proposer une réflexion et une analyse approfondie de quelques aspects économiques de l’élargissement du potentiel africain en faisant différentes hypothèses autour du thème « Les implications du potentiels élargissement de la CEDEAO et la Zone de Libre Echange Continental Africaine (ZLECA) ».

Les chefs d’États réunis en juillet 2017 à Monrovia (Libéria) ont donné leur accord de principe pour l’adhésion du Maroc. En Décembre 2017, réunion au cours de laquelle, les chefs d’États étaient censés avancer sur le sujet, ces derniers, au lieu de prendre une décision définitive ont plutôt mis en place un comité de chefs d’États à qui il revient de poursuivre les réflexions. La Mauritanie, membre fondateur de la CEDEAO demande une réintégration. Quant à la Tunisie, elle bénéficie d’un statut d’observateur.

« Le groupe des experts doivent proposer des pistes à même de faciliter les réflexions sur une possible recomposition de la Cedeao et de la Zleca. Il y a des faits, il y a de la modélisation et il y aura des propositions », a indiqué Dr Dimitri Sanga, le Directeur du Bureau Afrique de l’Ouest de la CEA.

Il s’agit pour la CEDEAO de disposer des arguments avant tout pour gagner en crédibilité, d’envoyer un lobby fort au monde, de créer une union forte face au lobby tourisme dans le monde, d’élargir la taille du commerce avec une union douanière forte.

Concernant la Zleca, en mars 2018, 44 pays africains ont paraphé l’accord de kigali, 27 ont signé le protocole de libre circulation des personnes sur le continent et 43 ont apposé leurs signatures sur la déclaration de Kigali.

La Cedeao se positionne comme la plus forte commission économique régionale sur le continent africain composé de 54 pays, 107 frontières terrestres, soumis à des tarifs moyens de 6,9% et constitue un marché commercial et monétaire de 350 millions de consommateurs.  Une position qui pèse et induit directement  une prise en compte des décisions de la région au niveau continentales. 

Structure des échanges commerciaux entre la CEDEAO, le Maroc et la Tunisie

De façon générale, les échanges de la Cedeao avec le Maroc et la Tunisie sont assez modestes. L’essentiel du commerce pour ces trois entités se faisant avec des partenaires hors du continent. Les importations en provenance du Maroc, de l’ordre de 866 millions de dollars en 2016, sont en nette progression par rapport à 2011 tandis que les exportations s’élèvent à 102 millions de dollars durant à la même période, en recul de 70% par rapport à 2011.

Le déficit commercial vis-à vis du Maroc, relativement stable entre 2005 et 2010, a ainsi quadruplé entre 2011 et 2016, pendant 184 à 764 millions de dollars. On note le même déséquilibre pour les échanges avec la Tunisie, avec toutefois une légère amélioration du déficit entre 2011 et 2016 : 104 millions contre 147 millions. La Tunisie reste un partenaire commercial de moindre importance pour la Cedeao comparée au Maroc. En 2016, les importations en provenance du Maroc étaient 5 fois plus élevées que celles en provenance de la Tunisie et les exportations à destination du Maroc représentaient le double des flux vers la Tunisie.

L’essentiel du commerce de la Cedeao se fait en dehors du Maroc et de la Tunisie. Le même constat vaut pour ces deux pays quant à leurs échanges avec la Cedeao. Au niveau de la Cedeao, les parts du commerce avec le Maroc sont très faibles dans le commerce total (0.19% pour les exportations et 1.29% pour les importations).

Même si les importations en provenance du Maroc représentent une part plus importante dans le total du commerce, comparé aux importations du Maroc en provenance de la Cedeao (0.27 seulement). La faible part des importations marocaines en provenance de la Cedeao traduit également une baisse  du niveau absolu des flux sur la période considérée. On observe le phénomène inverse sur les importations. Lorsqu’on considère uniquement le flux à destination de l’Afrique subsaharienne, on note néanmoins qu’une part non négligeable du commerce marocain se fait avec les partenaires de la Cedeao. De façon relativement stable, environ 60% des exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne se font à destination de la Cedeao.

Les importations représentent une part moindre, mais non négligeable du commerce vers l’Afrique subsaharienne (environ 27%) mais en nette baisse depuis 2011, traduisant une réorientation du jeu d’acteurs au niveau des fournisseurs du Maroc.

Les échanges de la Cedeao avec la Tunisie sont considérablement plus faibles, comparées aux flux du Maroc : cinq fois moins pour les importations  et deux fois moins pour les exportations. On peut néanmoins observer une similitude avec le Maroc : un déficit commercial  important de 104 millions de dollars en 2016 et une part des importations en provenance de l’Union (0.2% contre 0.03%).

Contrairement au cas du Maroc, le déficit avec la Tunisie est en léger recul depuis 2011, à la fois du fait d’une règlementation des exportations de la Cedeao et d’une baisse des importations en provenance de la Tunisie. Les exportations à destination de la Tunisie ont en effet doublé depuis 2011 tandis que les importations baissent de 8%. Le commerce avec la Cedeao représente plus de la moitié des échanges de la Tunisie avec l’Afrique subsaharienne et, contrairement à ce qui est observé avec le Maroc, cette part est en nette augmentation (+20% sur la période 2011-2016 pour les importations en provenance de la communauté).

La structure des échanges avec le Maroc révèle une forte concentration autour d’un nombre réduit de produits. Pour les exportations marocaines en 2016 vers la CEDEAO, on retrouve une stabilité des produits échangés entre 2011 et 2016 autours essentiellement des produits chimiques et plastiques (notamment les engrais et les médicaments), des produits alimentaires (essentiellement préparations à base de poisson, jus de fruits, farines), des machines et équipements, du papier et cartons et des produits et structures métalliques. Concernant les importations marocaines, on retrouve encore une forte concentration : les trois premiers secteurs font plus de la moitié de la valeur des flux en 2011 et 2016. Il y a toutefois une forte évolution entre ces deux dates. En effet en 2011, les hydrocarbures représentaient 78% du total contre seulement 8% en 2016. Le niveau de commerce intra-sectoriel observé entre les exportations et les importations s’explique ici par le niveau d’agrégation auquel on conduit l’analyse.

Concernant la Tunisie, on retrouve également une concentration des échanges avec la CEDEAO tant au niveau des produits que des partenaires, surtout pour les importations en provenance de la Communauté.

Si on retrouve à peu près les mêmes produits exportés que le Maroc, il faut noter la part importante des huiles végétales dans les exportations Tunisiennes ainsi que la présence de fruits légumes et de boissons. Les principaux produits exportés vers la CEDEAO sont constitués de produits pharmaceutiques et d’engrais, de matériaux de construction, de farines et couscous et d’huiles végétales. Les deux principaux débouchés des produits tunisiens en zone CEDEAO sont le Sénégal et la Cote d’Ivoire avec plus de la moitié des flux enregistrés en 2016. Viennent ensuite le Ghana et le Nigeria avec respectivement 8% et 7% des échanges.

Tous les pays de la CEDEAO sans exception verraient une diminution de leur revenu tarifaire suite à l’accord, cela quelle que soit la forme.

Lu 172 fois Dernière modification le mardi, 26 juin 2018 06:47

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