jeudi, 03 mai 2018 21:52

Médias: Rapport sur la presse au Togo

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« Médias, justice et Etat de droit : les contrepoids du pouvoir » « Médias, justice et Etat de droit : les contrepoids du pouvoir »

Ce 03 mai, le Togo a célébré la journée internationale de la liberté de la presse autour du thème de l’année 2018 « Médias, justice et Etat de droit : les contrepoids du pouvoir ».

Voici l'Intégralité du rapport sur la presse au Togo par l’Observatoire des Médias du Togo

 

INTRODUCTION

L’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dispose que « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ». C’est ainsi que la presse, instrument permanent de mobilisation des populations et de lutte pour la conquête des libertés et de la démocratie, a toujours été à l’avant-garde de l’émancipation des peuples. La liberté de la presse est donc une liberté publique fondamentale et un des droits de la personne humaine. Mais la presse peut se retourner contre la liberté elle-même et devenir un instrument de destruction de la communauté. C’est donc par un effort constant au quotidien que les professionnels des médias doivent exercer cette liberté essentielle au développement de tout pays.

A l’heure du bilan, il faut reconnaître que malgré les difficultés et les exigences des temps; malgré les dérapages et les abus que l’on peut lui reprocher, la presse togolaise prend le temps de s’améliorer et de se parfaire pour être à la hauteur des enjeux : construire une société nouvelle, contribuer à l’apaisement de la nation, demeurer la vigile qui oblige les citoyens et les responsables politiques à ne jamais perdre de vue l’intérêt commun par excellence qu’est la cohésion nationale.

La Journée Internationale de la liberté de la presse commémorée le 03 Mai de chaque année depuis 25 ans, permet de célébrer les principes fondamentaux de cette liberté, mais aussi d’évaluer la liberté des médias, et de défendre leur indépendance. L’édition 2018 de cette célébration dont l’événement central se déroule à Accra au Ghana, est placée sous le thème « Médias, justice et état de droit : les contrepoids du pouvoir ». Elle porte sur les questions des médias et de la transparence du processus politique, de l’indépendance du système judiciaire de ses connaissances en matière de médias, et de la responsabilité des institutions de l’Etat vis-à-vis du public. La journée sera aussi l’occasion d’examiner les défis actuels de la liberté de la presse en ligne.

Au demeurant, elle offre aux acteurs des médias en général, et à l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) en particulier, l’occasion de faire l’état des lieux depuis un an, d’exposer les obstacles rencontrés en matière de liberté de la presse et de relever les avancées et les régressions dans le secteur.

Dans l’ensemble, depuis le 3 mai 2017, il n’y a pas eu de changement majeur dans notre pays en matière des médias. D’ailleurs, classé 86ème sur 180 pays tout comme en 2017, le Togo stagne dans le classement mondial 2018 de la liberté de la presse rendu public le 25 avril dernier par Reporters Sans Frontières.


I –ETAT DES LIEUX

  1. 1.1Stations de Radios

Au plan quantitatif, il n’y a pas eu d’évolution fondamentale depuis un an.

Le secteur public compte deux radios nationales, Radio Lomé et Radio Kara, quatre radios rurales, à Notsè, Kévé, Pagouda et Dapaong.

Les radios privées autorisées par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) sont, quant à elles, au nombre de 73 dont 22 confessionnelles, 18 communautaires et 33 commerciales.

Sur le plan de la répartition géographique, sur un total général de 79 radios que compte le pays, il y en a 23 à Lomé, 10 dans la région Maritime, 17 dans les Plateaux, 10 dans la Centrale, 12 dans la Kara et 7 dans les Savanes.

1.2 Chaînes de Télévisions

L’unique télévision d’Etat est la TVT émettant sur l’ensemble du territoire et à l’international sur satellite. Les télévisions privées n’ont quant à elles, connu aucun mouvement quantitatif depuis un an. Ces chaines de télévisions sont au nombre de 7 émettant dans la capitale à l’exception d’une seule, TV E47, basée à l’intérieur précisément à Tsévié.

On dénombre également une télévision numérique, la New World Télévision qui émet par satellite et qui n’est pas facilement accessible à tous les Togolais.

  1. 1.3 Journaux légaux

Après le nettoyage des titres tombés dans le domaine public et la délivrance de 29 récépissés en 2017 par la HAAC, on en est aujourd’hui à 171 journaux qui paraissent plus ou moins régulièrement au Togo dont le quotidien national public Togo-Presse. Pour le reste, il s’agit de 4 quotidiens privés, 6 bihebdomadaires, 70 hebdomadaires, 29 bimensuels, 31 mensuels, 5 bimestriels, 4 trimestriels et 21 autres publications institutionnelles.

De toutes ces publications, il y en a dix (10) qui sont très irrégulières, n’ayant pas paru depuis un an.

  1. 1.4 Presse en ligne

Le paysage médiatique togolais, outre les médias traditionnels, est complété par des agences de presse d’information en ligne, ainsi que de nombreux sites internet et blogs.

En termes d’agences, elles sont essentiellement trois (3) au plan national, à savoir l’Agence Togolaise de Presse (ATOP), média public représenté dans toutes les préfectures du pays, et les agences privées : « Afreepress » et « Savoirnews ». On dénombre également une quarantaine de sites internet affiliés à des organisations de médias en ligne et plusieurs dizaines d’autres non affiliés.

  1. 1.5 Médias internationaux

On note également la présence, dans cet espace médiatique, des représentations d’agences et de médias internationaux tels que RFI, BBC, la Voix d’Amérique, l’AFP, PANA Press, Xinhua et bien d’autres.

  1. 1.6 Qualité de la presse

Au plan qualitatif, bien que l’Etat contrôle les médias publics, il faut reconnaître que tous les courants politiques ont accès aujourd’hui à ces médias, mais des efforts restent à faire dans la diffusion des activités de l’opposition, notamment par la TVT. La modernisation à l’issue de laquelle les médias audiovisuels devraient passer de l’analogie au numérique, n’est pas encore effective.

Les efforts de l’Agence Togolaise de Presse pour se maintenir en ligne tout en présentant un bulletin au quotidien sont anéantis pour cause des difficultés financières et matérielles. Le quotidien national Togo-Presse fait des efforts pour être aussi en ligne régulièrement en plus du journal papier.

Quant aux professionnels des médias publics même s’ils n’ont toujours pas une grande marge de manœuvre dans l’exercice de leur profession, eux-mêmes ne font pas assez d’efforts pour améliorer leurs productions dans l’intérêt de la nation.

En ce qui concerne les médias privés, mis à part les audiovisuels qui font l’effort sensible d’équilibre même si beaucoup reste encore à améliorer, les journaux pour la plupart, sont tellement alignés qu’ils ne donnent l’information qu’en sens unique selon leur ligne éditoriale. De même, ils s’intéressent beaucoup à la politique au point d’ignorer leur autre rôle qui est celui d’éduquer et de former les masses.

Bon nombre fait l’effort de se mettre en ligne, mais la grande majorité est concentrée à Lomé à l’exception de quelques-uns qui paraissent à l’intérieur du pays. Ce qui ne permet pas un bon maillage du territoire en matière de communication.

  1. 1.7Organisations professionnelles de la presse

Les organisations professionnelles de presse sont multiples et diversifiées au Togo. Au niveau des médias d’Etat, on dénombre deux syndicats : le Syndicat des Agents de l’Information Techniciens et Journalistes des Organes Publics (SAINTJOP) et le Syndicat Libre de la Communication (SYNLICO).

S’agissant des médias privés, l’on note des organisations patronales, notamment le Conseil National des Patrons de Presse (CONAPP), le Patronat de la Presse Togolaise (PPT), le Conseil Togolais des Editeurs de Presse (CTEP); l’Union des Radios et Télévisions Libres (URATEL), l’Union des Télévisions Privées (UTEP). Pour les journalistes, il a une association qui est l’Union des Journalistes Indépendants du Togo (UJIT) et un syndicat qui est le Syndicat des Journalistes Indépendants du Togo (SYNJIT). Pour la presse en ligne, on note l’existence de deux organisations, l’Association Togolaise de la Presse Privée en ligne (ATOPPEL) et l’Organisation de la Presse en Ligne (OPEL).

Il y a également des organisations thématiques telles que les réseaux et les unions de journalistes dans divers domaines.

Aux états généraux de la presse tenus à Kpalimé en 2014, il a été recommandé que toutes ces organisations se regroupent en une seule, pour les patrons d’un côté et une autre pour les employés. Les discussions sont en cours en ce sens sous la facilitation du Comité de Suivi des états généraux de la presse.

  1. 1.8 Régulation et Autorégulation

La régulation des médias au Togo relève de la compétence de la HAAC qui s’autosaisit ou qui reçoit les plaintes des citoyens qui la saisissent sur des sujets jugés préjudiciables. La HAAC prône un règlement à l’amiable ; elle peut aller aux sanctions telles que les blâmes, suspensions, retraits d’autorisation et autres. Mais, si le plaignant n’est pas satisfait, il a la possibilité de s’adresser à la justice. Les membres de cette institution sont au nombre de neuf dont cinq élus par l’Assemblée nationale et quatre désignés par le Chef de l’Etat.

L’autorégulation est assurée par l’OTM qui est le Tribunal des Pairs mis en place par les journalistes eux-mêmes. L’observatoire est saisi sur plainte d’un citoyen ou d’une personne morale. L’OTM peut également s’autosaisir sur certains sujets qui violent l’éthique et la déontologie. Il prend ses décisions sur la base du Code d’Ethique et de Déontologie dont les journalistes se sont librement dotés. L’OTM règle à l’amiable les conflits entre les protagonistes et prend des sanctions contre les fautifs.

A l’issue de l’assemblée générale qui a consacré l’intégration de quatre nouvelles organisations représentatives de presse au sein du tribunal des pairs, le 05 juillet 2017, l’OTM est composé de 13 membres dont 12 élus par les organisations de presse et un désigné au sein de la société civile après appel à candidature. Depuis cette assise, l’UJIT, le SAINTJOP, le SYNLICO, le CONAPP, le PPT, l’URATEL, le SYNJIT et l’ATOPPEL siègent à l’OTM.

  1. 1.9 Aide de l’Etat à la presse

La subvention de l’Etat à la presse privée est prévue dans la Constitution togolaise. Bien que la loi portant Code de la Presse et de la Communication fixe les modalités d’octroi de cette aide, le décret d’application n’a toujours pas vu le jour. Néanmoins, un appui de l’Etat à la presse est versé aux médias privés chaque année. Mais cette aide est jugée très insuffisante par les bénéficiaires malgré sa revue à la hausse. Elle est seulement passée, il y a trois ans, de 75 millions de FCFA à 100 millions de FCFA. Alors qu’aux états généraux de la presse tenus en 2014, il a été recommandé que cette aide puisse être portée à 800 Millions de FCFA au regard des difficultés que traverse la presse privée.


II – RAPPORTS INSTITUTIONS, MEDIAS ET JOURNALISTES

2.1   Médias/Gouvernement

Les médias entretiennent des rapports plus ou moins cordiaux avec le gouvernement et ses représentants. Les médias toutes tendances confondues, sont régulièrement sollicités par les pouvoirs publics pour la couverture des événements à caractère national ou international. Le dernier sommet de la CEDEAO que Lomé a abrité le 14 avril 2018 et le dialogue inter-togolais en cours, en sont la parfaite illustration.

Au niveau interne, plusieurs médias privés ont porté sur la place publique, des dossiers liés à la construction de la route Lomé-Vogan-Anfoin, aux relations difficiles entre le gouvernement et les syndicats de l’éducation et de la santé, aux comptes de la CAN 2017 et à la situation sociopolitique du pays.

Plusieurs Directeurs de publication ont été convoqués ces derniers temps, par le Service de Recherche et d’Investigation (SRI) de la Gendarmerie, à répondre de la publication par leurs journaux, d’un rapport rendu public par le Réseau des Jeunes Africains pour la Démocratie et le Développement (REJADD).

Il faut saluer la promptitude avec laquelle le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile répond aux sollicitudes de l’OTM ou des journalistes dans leur ensemble face aux cas de menaces sur la sécurité des professionnels des médias sur leurs lieux de travail.

2.2 – Médias / forces de l’ordre et de sécurité

Les relations entre la presse et les forces de sécurité, qui s’étaient dégradées  à la suite de  l’agression du journaliste Robert Avotor du bihebdomadaire « L’Alternative » sur un lieu de reportage par des gendarmes en février 2017, se sont partiellement améliorées sans pour autant être au beau fixe.

En effet, des agressions par des agents des forces de l’ordre et de sécurité sur des journalistes sur d’autres lieux de reportage ont été signalées en septembre 2017 à l’occasion d’un rassemblement politique nocturne de l’opposition. Plusieurs professionnels des médias se sont plaints aussi d’entraves de la part des forces de sécurité qui les ont empêchés d’accéder aux lieux de manifestations.

Les personnels de certaines radios installées à l’intérieur du pays notamment à Sokodé, ont rapporté des actes d’intimidation à leur endroit par des éléments des forces armées togolaises déployées dans cette ville.

Les organisations professionnelles de la presse et particulièrement l’OTM, préoccupées, ont condamné ces actes  et atteintes au droit du libre exercice du métier de journaliste au Togo et appelé à des sanctions contre les fautifs, tout en invitant les journalistes à plus de vigilance et de responsabilité.

Mais, l’OTM a enregistré une nouvelle plainte d’un reporter qui, le 25 avril dernier, a été violenté et vu sa caméra endommagée par des forces de sécurité devant le siège de la CDPA, à l’occasion d’une rencontre des responsables de l’opposition dont la manifestation était interdite.

2.3 – Médias / OTM

L’Observatoire se félicite de l’amélioration de ses rapports avec les journalistes qui sont désormais prompts à répondre à ses invitations. L’OTM a ainsi œuvré au règlement à l’amiable de certains conflits nés entre des professionnels des médias et des citoyens ou entités morales. Ainsi, des différends qui auraient pu être portés devant les tribunaux ont été réglés à l’amiable grâce au plaidoyer de l’Observatoire.

De même, il faut faire remarquer que certains journalistes ont été de bons élèves, respectant les textes qui régissent la profession et publiant ou diffusant régulièrement les communiqués sanctionnant les audiences de l’OTM.

Outre les communiqués et contacts directs, le tribunal des pairs a organisé des rencontres d’échanges sur l’éthique et la déontologie du métier. La dernière en date s’est déroulée le 28 mars 2018 sur le thème « Fondamentaux de la presse et responsabilité sociale du journaliste en période de crise ».

Désormais, la plus grande difficulté organisationnelle qu’éprouve l’OTM à bien faire son travail est le refus de beaucoup de médias de faire le dépôt de leurs parutions ou de leurs grilles des programmes au siège du Tribunal des pairs, en dépit des multiples rappels.

2.4 - Médias / HAAC

Les relations entre la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication et les journalistes des médias privés se sont elles aussi, beaucoup améliorées. Des rencontres et échanges entre la HAAC et les patrons de presse se déroulent dans une ambiance plus conviviale et empreinte de courtoisie qu’auparavant où les patrons de presse se sont toujours plaints du caractère conflictuel des audiences qu’ils étaient amenés à avoir avec la HAAC. 

L’instance de régulation des médias a organisé des rencontres d’échanges et publié plusieurs fois des communiqués pour dénoncer la violation des règles de journalisme et rappeler les médias au respect des règles d’éthique et de déontologie mais aussi des textes de loi en vigueur. En effet, l’institution déplore le traitement que beaucoup de médias font de la crise sociopolitique qui secoue le pays depuis le 19 août 2017.

Aucun média n’a fait l’objet de procédure de fermeture depuis le 3 mai 2017. Cependant, la HAAC a rappelé à plusieurs propriétaires de radios et de télévisions, leur obligation de renouvellement de leurs fréquences au cours de cette année.

Les médias ont été unanimes à saluer la mémoire de feu Pitang Tchalla, président de la HAAC décédé dans l’exercice de ses fonctions le 19 septembre 2017 et à présenter à l’institution, leurs condoléances pour cette grande perte pour la presse togolaise.

2.5- Médias / société civile et partis politiques

Les relations entre les médias et les partis politiques se sont dégradées à la faveur de la crise politique en cours. Plusieurs médias ont été accusés par les responsables ou militants des formations politiques de parti-pris ou de partialité.

Avec les membres de la société civile, ces relations sont demeurées bonnes.

2.6- OTM / HAAC

L’instance de régulation des médias au Togo (HAAC) et l’organe d’autorégulation (OTM) entretiennent, en principe,  une relation de complémentarité et luttent ensemble pour le respect des règles d’éthique et de déontologie pour une presse plus professionnelle et responsable.

L’OTM, la HAAC et d’autres organisations professionnelles de la presse ont collaboré dans le cadre du projet de relecture du Code de la presse et de la communication. Les propositions d’amendements étaient destinées à être adoptées par l’ensemble des acteurs au cours d’un atelier national qui n’a finalement pas eu lieu.

Le projet a été déjà soumis en première lecture en Conseil des ministres en attendant son adoption définitive et son envoi à l’Assemblée nationale où les professionnels des médias auront l’opportunité de faire leurs observations.

2.7- Médias / médias : confraternité

Les règles de la confraternité, qui interdisent les attaques entre confrères et par médias interposés, ne sont toujours pas respectées, mettant à mal la bonne entente qui doit exister entre les professionnels des médias.

Mais le 28 avril dernier, une atteinte grave aux règles de la confraternité, à la limite d’un fait divers et des violences en milieu de travail, a été enregistrée par le tribunal des pairs. En effet, le journaliste Stephen Kuwonu, employé à New World Télévision a « été victime d'une violente altercation » de la part de son Directeur Général. L’affaire est en cours d’instruction par l’OTM en vue de trouver un compromis et ramener l’apaisement entre les deux parties.


III – DERAPAGES ET ATTEINTES A LA LIBERTE DE PRESSE

Plusieurs dérapages dus à l’inobservation des textes régissant la profession des journalistes ont été constatés, durant l’année écoulée, conduisant les institutions de régulation et d’autorégulation des médias, en l’occurrence la HAAC et l’OTM à sévir quelques fois en vue de ramener les uns et les autres au respect du Code de la presse et de la Communication et du Code de déontologie des journalistes du Togo. Quant aux atteintes à la liberté de la presse, elles sont constituées des obstacles dressés aux journalistes dans l’exercice de leur profession.

  1. 3.1Dérapages traités

3.1.1- La HAAC

Au cours de l’année 2017, l’institution de régulation a procédé à dix (10) auditions de directeurs d’organes de presse pour violations des règles professionnelles.

Quant aux comités techniques, ils ont eu à traiter directement et à proposer des solutions à douze cas de violations, à la suite d’auto-saisines (07) ou de plaintes (05) en ce qui concerne la presse écrite.

-         Dans la presse audiovisuelle 

Des violations récurrentes de la déontologie, de l’éthique et des cahiers des charges ont été régulièrement relevées au niveau des radios et télévisions privées notamment et ont fait l’objet de rappels à l’ordre par la HAAC. Trois (03) cas ont été traités dont une radio et deux télévisions.

La HAAC a constaté en effet que des propos injurieux et diffamatoires sont également souvent proférés dans des émissions débats, notamment dans le domaine sportif, sans que les animateurs n’aient la maîtrise nécessaire pour y mettre un terme.

-         Dans la presse en ligne :

Compte tenu des moyens techniques et humains modestes, le suivi de la presse en ligne est très limité. Toutefois, trois organes ont pu focaliser l’attention des services techniques de la HAAC, compte tenu des violations répétées des règles déontologiques, éthiques et professionnelles : il s’agit de 27avril.com, togo-online.co.uk et togotribune.com. Il faut cependant signaler qu’il s’agit d’organes d’information dont les serveurs sont hébergés hors du Togo et dont les responsables ou collaborateurs ne sont pas toujours identifiables.

Appels à la désobéissance, au soulèvement et à la haine, injures, publications de fausses informations ou déformation de l’information, calomnie, accusations sans preuves, altération de documents, atteinte à l’honneur, à la dignité et à la vie privée, diffusion d’images de violence, d’images truquées, etc. sont le lot quotidien des contenus de ces organes de presse en ligne selon la HAAC.

Les diverses convocations et auditions ont conduit à l’adoption de quelques mesures de correction. Ainsi plusieurs organes de presse écrite et audiovisuelle ont fait l’objet de mise en garde et de suspension de parution pour violations répétées des règles de déontologie et d’éthique.

  1. 3.1.2-L’OTM

L’observatoire Togolais des Médias (OTM) a également eu à auditionner des directeurs d’organe par rapport à leurs publications ou diffusions, soit sur plainte des citoyens ou personnes morales soit sur auto saisine. Du 03 mai 2017 à ce jour, ce sont au total 13 audiences qui ont été tenues et une quinzaine d’autres cas réglés par échanges directs. Sur les dérapages, le constat a été fait que ce sont les sujets liés au bilan financier de la CAN 2017 rendu public par l’audit commandité par l’Etat et à la crise socio-politique qui ont fait le plus objet de dérapages du point de vue de l’OTM. Des journaux en ont fait des commentaires désobligeants et publié des images choquantes, suscitant des auto saisines et des plaintes devant le tribunal des pairs.

Les images insoutenables des accidents de circulation et des braquages publiées sur les réseaux sociaux et reprises par des journaux de la place ont retenu l’attention de l’OTM qui, à travers des communiqués et des contacts directs, a rappelé les Directeurs de publication au respect du Code de déontologie et des règles d’éthique de la profession.

De même, des plaintes contre des organes de presse qui n’ont pas respecté la déontologie sur des sujets divers tels le foncier et la corruption ou la mauvaise gouvernance ont été traitées par l’OTM.

Le Tribunal des pairs a aussi enregistré des plaintes concernant la presse en ligne pour diffamation et a pu faire comprendre aux responsables de ces sites d’information la nécessité du respect des règles de déontologie de notre métier.

Les responsables des médias invités ont été réceptifs aux observations de l’OTM qui est souvent arrivé à des solutions à l’amiable, soit à travers la publication des droits de réponse, soit par une entente cordiale entre les journalistes incriminés et les plaignants. Aucune sanction n’a été prise à l’encontre des directeurs d’organe, seuls des communiqués ont été publiés pour appeler les professionnels des médias à plus de professionnalisme dans le traitement des informations. A noter que l’OTM a pu, par des négociations, ramener certaines plaintes concernant les journalistes, de la gendarmerie ou de la justice pour les traiter à son niveau.

3.2- Atteintes à la liberté de presse

Les cas des agressions des journalistes lors des manifestations des associations d’étudiants sur le campus universitaire de Lomé ont été enregistrés ainsi que lors des marches organisées par l’opposition. Il a été signalé la confiscation de matériels de travail de certains journalistes bien qu’ils soient identifiables par leur gilet.

L’OTM et d’autres organisations professionnelles des médias se sont prononcés clairement le 27 octobre 2017 contre les menaces proférées sur les réseaux sociaux, à l’encontre de plusieurs journalistes dont le président de l’instance de régulation, pour soit dit « des prises de positions qui n’arrangeraient pas l’opposition ». En effet, nul ne devait être inquiété pour ses opinions et encore moins des journalistes.

L’instance d’autorégulation a été également saisie courant février 2018 des cas de menaces de mort sur des confrères Tem, en l’occurrence, les directeurs de publications Sam Djobo de l’Eveil de la Nation et Tchagnao Arimiyao de Nouvelle Opinion, pendant que ceux-ci étaient en Europe, « parce que taxés de ne pas soutenir la lutte pour l’alternance au Togo ».

Plusieurs autres confrères ont fait également l’objet de menaces de tout genre et même certains ont été livrés à la vindicte populaire sur les réseaux sociaux avec leurs photos à l’appui sous prétexte d’un prétendu soutien au pouvoir en place.

Ces menaces et agressions sont, à n’en point douter, des atteintes à la liberté de presse, vivier de toute démocratie. Dans cette rubrique d’entraves au libre exercice du métier de journalisme, l’on peut citer, entre autres, le retrait de l’accréditation du correspondant de TV5 Monde au Togo en septembre 2017 et la coupure de l’Internet durant six (6) jours à la même période.


IV- RECOMMANDATIONS ET RESOLUTIONS

Au vu du présent rapport et dans le but d’améliorer les conditions de travail des journalistes au Togo et professionnaliser le métier, l’OTM recommande :

4.1- Au gouvernement 

-         Donner plus de moyens techniques aux médias d’Etat et revoir l’environnement de travail des journalistes du secteur public. 

-         Appliquer les recommandations des Etats généraux de la presse en professionnalisant davantage le secteur.

-         Prêter une attention particulière au métier de journaliste en le considérant comme un acteur important du développement national.

-         Prendre le décret d’application en ce qui concerne la subvention de l’Etat à la presse sur la base des critères définis par le Code de la Presse et de la Communication.

-         Accorder une aide spéciale substantielle à la presse en période électorale.

-         Protéger les journalistes sur les lieux de manifestations publiques.

4.2- A la HAAC

-         Renforcer davantage les rencontres avec la presse.

-         Mettre en place un mécanisme de consultation entre la HAAC et les associations des médias.

-         Réactiver le processus de co-régulation formelle HAAC - OTM.

-         Faciliter une meilleure compréhension et application des décisions touchant à la corporation.

4.3- A la presse et aux journalistes

-         Respecter les dispositions du Code de déontologie des journalistes du Togo et celles du Code de la Presse et de la Communication en vigueur.

-         Privilégier les règles de confraternité et de responsabilité avant tout propos, publication ou diffusion.

-         Prendre conscience de la responsabilité sociale des médias et œuvrer pour l’apaisement, le développement et le rayonnement du Togo.

-         Faire preuve de professionnalisme et de responsabilité sur les lieux de reportage et particulièrement lors des manifestations publiques.

-         Eviter de se mêler aux manifestants ou de prendre des risques qui pourraient mettre en danger leur sécurité et celle de leur matériel de travail.

-         Faire preuve de discernement en ne considérant pas les informations des réseaux sociaux comme des sources fiables.

-         Œuvrer à la signature de la convention collective.

-         Observer le principe noble de la confraternité.

4.4- A la société civile et aux partis politiques 

-         Eviter de considérer des hommes de médias comme des cibles dans les manifestations publiques.

-         S’abstenir de retirer du matériel de travail des journalistes dans les manifestations politiques.

-         Eviter d’appeler ou d’exhorter les manifestants à s’attaquer aux professionnels des médias dans les manifestations publiques.

4.5- Résolutions de l’OTM :

-         Inciter les journalistes à s’approprier et à respecter le Code de déontologie.

-         Toujours exhorter les journalistes au respect des règles de confraternité.

CONCLUSION

Nos sociétés comptent sur les médias pour s’informer et quelques fois pour se distraire. Les populations ont besoin des informations qui leur permettent de mieux résoudre leurs problèmes, et des distractions pour panser leurs plaies et oublier provisoirement les difficultés de l’existence. Les contraintes sociales ne cessent de façonner ce que dit ou écrit un journaliste. Nos régimes politiques, nos convictions spirituelles et nos interprétations de la réalité, tout cela contribue à donner forme aux récits des journalistes. Aussi, faut-il recommander au journaliste de se montrer patient, de comprendre qu’il exerce l’un des métiers les plus difficiles qui soient, constamment balloté entre les régimes et pouvoirs politiques, malmené par la volonté de profit des intérêts privés et personnels… La tâche du journaliste est de raconter le plus exactement possible les réalités que partage sa société, en maintenant le cap de la responsabilité qui est la sienne.

La mission qui incombe aux journalistes ne peut être assurée que sur la base du respect des règles de la profession, et cela, en fonction des fondamentaux qui les encadrent.

L’OTM reste ouvert à toutes les suggestions et autres propositions qui pourront lui permettre d’optimiser ses actions pour l’avènement d’une presse libre, indépendante, professionnelle et responsable au Togo.

Le tribunal des pairs saisit l’occasion pour remercier tous les partenaires qui l’accompagnent dans sa délicate mais passionnante mission qu’est l’autorégulation, une œuvre exaltante qui implique, en principe, tous les acteurs politico-socio-économiques.

Fait à Lomé, le 03 mai 2018

Pour l’OTM,

Le Président

Aimé Dodzi Komla EKPE

Lu 293 fois Dernière modification le jeudi, 03 mai 2018 22:12

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